

Ces larmes , aussi brûlantes qu'amères ,
Mirent mon cœur dans un horrible étau
Que vint serrer un chagrin dont les serres
L'écorchèrent , à pleurer sang et eau .
Voir ces ruisseaux de feu couler sur tes joues
Plongea mon âme dans un gouffre noir
Où maints souvenirs recouverts de boues
Gisaient dans le caveau du désespoir !
Tes sanglots vinrent planter leurs épées
Partout dans mon corps épuisé, meurtri
Par mille douleurs ,de venin trempées,
Qui, bien avant son temps , l'avaient flétri .
Tes mots ouvrirent, de mes yeux, les vannes.
Deux rus de braises creusèrent leur lit,
Pour cramer sous leurs laves diaphanes,
Mon visage craquelé qui pâlit.
Je te pris dans mes bras pendant des heures.
Nous bûmes nos larmes , goût de fiel .
Notre séjour , n'est –il fait que de leurres?
Des mers de cigüe pour un bol de miel …
Nos regards, rougis au four des tristesses
Que le fil des ans n'a fait qu' entasser
Se croisèrent , souffrant mille détresses,
Pour nous inviter à nous embrasser.
Sœur et frère noyés dans les ténèbres
Que les maux rageurs n'ont fait qu'épaissir
Pour nous couvrir de leurs bures funèbres ,
Nous fûmes unis pour nous endurcir .
